30/09/2005

Apologie de la pitié

Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire :

 

Il était une fois, un monde tout gentil, tout beau, tout rond et, dessus, plein de gens. Il y avait des gens de toutes les couleurs sur ce monde : des bleus, des jaunes, des verts, des blancs, des roses à points noirs. Toutes ces couleurs se chamaillaient entre elles, cherchant à savoir quel était la plus jolie de toutes, sans pouvoir se mettre d’accord. Et, au milieu de cette chamaillerie qui ne pouvait en finir, il y avait des gens sur roulettes. On ne s’occupait des gens sur roulettes, certes, on leur donnait les fameuses roulettes qui leur permettaient de se déplacer (car autrement, ils auraient été bien embêtés) mais on évitait de s’en approcher comme si leur approche aurait pu faire pousser des roulettes sur les oreilles des bleus, des jaunes, des verts, des blancs et des roses à points noirs. Les gens sur roulettes n’avaient même pas le pouvoir de se chamailler avec les autres pour savoir qui était de la plus jolie couleur ; pourtant des gens sur roulettes, il en existait de toutes les couleurs… Les gens sur roulettes se sentaient exclus du reste du monde. Ils ne voulaient pas de la pitié que les autres leur servait, ils voulaient juste être comme eux. Simplement être regardé de la même façon qu’un vert regarde un bleu ou qu’un jaune regarde un rose à points noirs.

 

            Les gens sur roulettes existent. C’est difficile de les regarder même si on dit ne pas prêter d’attention à l’apparence. Il est difficile de rester de marbre face à un bavouillon ou à un désarticuleur de mots. Il est difficile de ne pas avoir un mouvement de recul devant quelqu’un qui a des mouvements incontrôlés ou qui n’a pas d’autres moyens de s’exprimer que des cris. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il faut laisser tomber.

 

Vendredi dernier, en allant jusqu’au bureau de ma maman, j’ai rencontré Gaël. Gaël a mon âge, à peu de choses près. Il est Infirme Moteur Cérébral ; ça signifie que ces problèmes pour effectués des mouvements sont dus à une anomalie dans le cerveau. Gaël est une personne sur roulettes. Il a beaucoup de difficultés : pour parler, pour se repérer dans le temps et dans l’espace mais ça n’en demeure pas moins quelqu’un d’adorable. J’ai fait sa connaissance en juillet dernier. Vendredi, je l’ai donc salué et puis on a discuté. J’ai déconné avec lui (faut dire que c’est une des choses que je fais le mieux) et on a rigolé. Il m’a demandé sans le demander mon numéro de portable (oui, c’est bizarre de dire ça comme ça mais c’est comme ça que ça s’est passé), moi, je lui ai donné de bon cœur. Il m’a dit qu’il était très heureux de me voir, qu’il ne pouvait pas parler comme ça avec tout le monde. Je dois dire que j’ai été à la fois flattée et peinée par ces paroles. Voilà pourquoi j’ai voulu raconter cette petite histoire. Je n’ai rien de plus que les autres, je ne suis pas superwoman et je ne suis pas la tolérance personnifiée, loin de là. Gaël c’est d’abord quelqu’un avant d’être quelqu’un sur roulettes, il suffit de savoir regarder.

 

La pitié ne change rien mais un sourire, un regard peut tout changer.



23:28 Écrit par Coralie dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Attention... ...Si tu te sous estime encore, çà va barder!
Et si tu ne vois pas le domaine où tu reussiras plus tard, je ne peux plus rien faire pour toi!
Perso le sourire qui me fait me dire que la journée est belle: c'est celui du chauffeur de bus le matin. Si un chauffeur de bus ne me sourit pas c'est que ce sera une journée sans plus. S'il tire la gueule ou ailleurs c'est la cata. Par contre s'il me sourit ....

Écrit par : bébé_muse | 02/10/2005

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