28/02/2007

Peur & Politique

SarkozyOn me dit que j’ai des opinions politiques tranchées ; sur certains sujets c’est vrai, pourtant, je ne crois pas être extrêmement politisé. Je n’ai ma carte nulle part et à part quelques manifs et gueuler contre l’écran télé, c’est à peu près ce à quoi se résumé mon engagement. Cependant, en ce moment, il est vrai que j’ai peut-être une force politique ascendante mais cela c’est avant tout parce que j’ai un très mauvais pressentiment…

 

Je n’ai rien contre Chirac et son gouvernement. Enfin, je n’aime pas leurs idées, je n’aime pas les réformes qui sont initiés par ce gouvernement mais je n’ai pas peur de ce système. La sauce est toujours la même, des gens pas contents, des réformes pas terribles et une situation merdique plus ou moins stable qui est bien loin d’être idéale mais qui n’est pas bien pire que celle d’avant. Alors qu’est-ce qui a changé, qu’est-ce qui fait que cette élection me semble décisive ? D’abord, il faut remonter à 2002. La dernière présidentielle s’est finie sur un problème inédit que personne n’a oublié : la monté des extrémismes. Je dis bien « des » extrémismes car si Le Pen a fait près de 20%, Besancenot et Laguiller ont emporté plus de 10% des suffrages à eux deux. Or, lorsque les idées extrémistes gagnent du terrain c’est qu’il y a manifestement un sentiment de mal-être dans la société. Ce sentiment de mal-être au lieu de l’éradiquer, l’action du gouvernement n’a fait que l’entretenir. Le problème des banlieues, le problème de l’immigration, le problème du chômage, le problème des sdf… ce ne sont pas des problèmes nouveaux ! La nouveauté, ça a été de faire de ces problèmes l’événement principal de l’information et donc, d’augmenter le sentiment de mal-être à des gens qui allaient déjà assez mal.

 

Et, dans ce climat de crainte, est arrivé Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa.

 

Comment expliquer ? Comment vous expliquer pourquoi cet homme me fait peur ? Comment vous expliquer que lorsque je le vois, haranguer les foules, monopoliser les médias, lorsque j’entends sa conviction, lorsque je vois les foules qui l’acclament, les phrases chocs qu’il utilise, les voix qu’il prend au front national, je ne peux m’empêcher d’avoir au fin fond de ma mémoire la vision d’un certain dictateur d’Outre-Rhin ? Je sais que c’est aller très loin mais cette utilisation des médias à outrance, ces lois qui réduisent les libertés, une armée de policiers à qui on donne toujours un peu plus de pouvoir, le renvoi des immigrés en charters, les lois qui font des mendiants et des putes des délinquants, qui veut faire de la justice non pas un endroit où on défend mais où on doit donner des « peines exemplaires » (c'est-à-dire toujours plus lourdes) à des fins dissuasives, tout ça, je ne peux pas ne pas le mettre en parallèle avec des mesures plus radicales qu’il m’est inutile de mentionner ici.

 

Oui, je crains que cet homme n’arrive au pouvoir.

 

Comment, en regardant son parcours politique, ses trahisons successives, son obsession d’aller toujours plus haut, cette envie d’accéder au pouvoir absolu, comment ne pas avoir peur de ce qu’il fera de ce pouvoir si jamais il l’obtenait… ? Moi, je ne peux pas.

 

Peut-être me trouverez-vous paranoïaque, peut-être avez-vous raison mais, à présent, vous savez les raisons pour lesquelles je me ligue parfois avec véhémence contre lui.

16:53 Écrit par Coralie dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/02/2007

Dis-moi ce que tu penses, je te dirais pour qui tu votes…

politiques

 

Je me suis rendue compte, il y a peu de temps que le politest, sorte de qcm qui reprend les principes des psychotests qui inondent tous les magasines féminins des salles d’attentes de médecin, était une chose assez peu connue.

 

Le politest est un test d’une quinzaine de questions qui vous donne vos tendances politiques ; de quel parti, de quel candidat vous êtes le plus proche au vu de vos opinions vis-à-vis de certains grands sujets sur l’économie, le social, l’immigration, les impôts etc. Il ne s’agit que d’un test mais il a tout de même été mis en place par d’anciens étudiants de sciences po, et comme précisé sur le site, testé auprès de militants et de sympathisants de tout bord politiques donc, on peut s’y fier (ce n’est pas comme si ça avait été votre serviteuse qui s’était chargée des questions).

 

Donc, si vous voulez savoir de quel bord politique vous êtes n’hésitez plus : http://www.politest.fr

 

C’est assez amusant de savoir sa tendance politique de cette façon :-)

 

21:37 Écrit par Coralie dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/02/2007

L'effet Peter Pan (chapitre 3)

Une fois que j’eus refusé de servir de modèle à la folie créatrice du blondinet foncé, s’installa à nouveau un de ces instants de vide cosmique où l’on n’entend plus rien sinon l’horloge et son retentissant tic-tac au-dessus du clic-clac. Enfin, c’était façon de parler car du bruit, s’il n’y en avait pas un dans ma studette, dans l’appartement du dessus c’était une autre histoire. Il faut dire que le plafond de mon appartement fait partie de ceux qui isolent aussi bien du vacarme qu’un serre-tête ne protège de la pluie. J’entends absolument tout ce que peut dire et faire ma voisine du dessus. Le seul avantage du dispositif est que je n’ai pas besoin d’avoir recours à des subterfuges abracadabrantesques pour espionner mes voisins ; il me suffit de tendre l’oreille pour savoir s’ils ont invité des amis à dîner ou mis la machine à laver le linge en route. Je n’ai malheureusement pas l’âme d’une voyeuse. Là où mon frangin regardait avec délectation les aventures trépidantes d’imbéciles enfermés dans un loft, filmés 24h sur 24, moi, je restais sceptique. Le seul intérêt de ce programme était anthropologico-zoologique : on pouvait aisément établir une grille comparative entre le comportement des écervelées de l’émission et celui des guenons du zoo de Beauval. Tout ça pour dire que j’aurais largement préféré ne pas entendre les bruits de cuisine de mes voisins.

 

Mon blondinet foncé était quelque peu interloqué par le vacarme qui parvenait à travers le plafond. Il était dix-huit heures quarante, monsieur venait de rentrer du taf, madame lui offrait la scène de ménage habituelle et leurs quatre drôles braillaient : début de soirée classique. Le gonze me lança un regard interrogateur qui semblait vouloir me demander s’il n’y avait pas un risque que le plafond s’écroule d’une minute à l’autre. Je repliais le classeur à dessin qui était encore sur mes genoux, le rendit au gribouilleur de service et me levais du clic-clac avant d’affirmer répondant à sa question muette : « Ne vous inquiétez pas, au bout d’un certain temps, on s’habitue.

-         C’est comme ça tous les soirs ?

-         Non, c’est comme ça toute la journée. »

Le gonze ne sut pas trop s’il fallait rire ou non de ma remarque. En fait, un rien déstabilisait ce gamin de trente balais ! Du coup, ne sachant trop quoi faire, il chercha à faire un de ses gestes qui dispensent de dire quelque chose. Dans un élan très l’Oréal, il dégagea donc une mèche de cheveux rebelle qui était arrivée quasiment à l’encoignure de sa bouche pour la remettre à sa place initiale, au milieu de sa joue. Car, quand je dis que mon squatteur avait les cheveux longs, il ne faut pas vous imaginer que ses cheveux descendaient jusqu’au milieu du dos. J’avais peut-être recueilli un type bizarre mais pas à ce point là ! Mon blondinet foncé avait en réalité la coupe Beatles période Let it be (la frange en moins) : le carré long avec un dégradé sur le devant qui descendait à peu près jusqu’à la moitié du cou. Une coupe de cheveux que je croyais ne pas avoir survécu à la disparition de John Lennon mais que ce gonze avait fait renaître de ses cendres. Bref, alors que je m’apprêtais à ranger deux trois cartons qui jonchaient le sol et que le tintamarre continuait au-dessus, le blondinet foncé sortit une remarque totalement inutile : « Mon précédent squat était dans une usine désaffectée alors… il n’y avait pas de bruit.

-         Ah. »

Une usine désaffectée, ça devait être original comme habitation. Une piaule sans chauffage, sans cloison et sans papier peint mais au moins avec l’espace d’organiser une rave partie ! Le gonze continua à parler me regardant ranger une partie du bordel ambiant.

« Ca fait combien de temps que vous habitez ici ?

-         Euh… un peu plus de deux ans, je crois. »

Ma réponse me surpris moi-même. Il y avait déjà deux ans que mon espace vital s’était réduit à ces quelques mètres carrés ? Il y avait déjà un an et demi que j’avais mis mon (beau) brun ténébreux à la porte ? Mais qu’est-ce que j’avais foutu pendant tout ce temps ? A vrai dire, pas grand-chose, j’avais fini ma formation d’éco et puis, je m’étais mise en quête d’un job du côté de la gestion et du marketing. Ca avait été très fructueux : vingt entretiens d’embauches, vingt jolies lettres me remerciant d’être venue. Bon, il faut dire que je n’ai pas du tout la gueule de quelqu’un qui fait de l’éco. Déjà, premier point négatif, je suis de sexe féminin, dans le microcosme de l’ultra-capitalisme où ne défilent que des complets costard-cravate, ça passe mal. Outre ce problème essentiel, je n’ai pas l’esprit trader : arnaquer son prochain ne m’a jamais branchée ; c’est assez embêtant lorsque la qualité essentiel qu’on vous demande est d’avoir l’esprit du carnassier. Moi ce qui me plaît dans l’économie, c’est tout ce dont les employeurs potentiels se foutent royalement : les courbes, les calculs de prévision visant à diminuer les coûts de production, l’analyse des flux économique à travers les continents… Eux ce qui les intéresse c’est qu’on aille au front dans la véritable guerre des marchés qui ensanglante notre bonne vieille Terre. Malheureusement quand on me demande de livrer bataille, j’ai tendance à faire comme ce bon vieux Vian et déserter. En définitif, devant le bide total de ma recherche d’emploi, j’avais fini par postuler pour tout et n’importe quoi et je m’étais retrouvée à des années lumières de l’économie, à un poste de remplaçante aux « coquelicots ». A bien y réfléchir, mon parcours n’était guère plus florissant que celui de mon squatteur…

 

Alors que j’étais encore perdue dans le souvenir de mon parcours abracadabrantesque, le blondinet foncé rompit le silence relatif de l’appartement : « Est-ce que… Est-ce qu’il y a quelque chose à manger ? ». En guise de réponse, je regardai ma montre. Il était six heures quarante-cinq et il avait déjà les crocs ! Bon sang, les mecs c’est comme les gamins, il vaut mieux les avoir en photo qu’en pension ! « Non, mais il y a de quoi faire bouillir de l’eau et de la semoule, ça fait un repas.

-         Et... Est-ce que… je peux faire ça ? »

Je le fixais un instant. Il attendait ma réponse. Il attendait ma réponse et ne bougerait pas tant que je ne lui aurais pas donné la permission. Il m’écoutait comme un gosse aurait écouté sa mère. Comment était-ce possible ? Comment ce type pouvait-il être resté à ce point naïf, docile, lisse ? Ce n’était pas possible. Enfin, j’aurais peut-être pu comprendre l’attitude si j’avais eu cinquante ans mais là… Ce gonze devait avoir pas loin de dix ans de plus que moi ! Je n’allais pas le materner ! En plus, si c’était un substitut de maman qu’il cherchait, il n’était vraiment pas tomber sur la bonne personne. Pour reprendre l’expression très poétique de mon frangin : j’ai la douceur féminine d’un camionneur. La formule est assez hard mais transcrit une certaine vérité, je ne suis pas vraiment du genre à consoler, cajoler ou prendre dans mes bras les âmes en détresses. Je mis tout de même fin au supplice du blondinet foncé : « Allez-y. La bouilloire est là. » Le gonze me sourit avant de se diriger assez maladroitement vers le coin cuisine. Il faillit tomber à cause du sèche-cheveux que j’avais laissé traîner sur le sol depuis la veille. Il réussit tout de même à mettre de l’eau dans la bouilloire et à appuyer sur le bouton. Je le regardai faire n’arrivant pas à m’enlever de la tête que ce gars avait tout d’un gosse : un vrai petit garçon, perdu, qui fait des gribouillages qui ne ressemblent à rien mais qu’il est fier de montrer. Mais qu’est-ce qui m’avait pris d’accepter de le garder dans mon appart ?

 

Alors que le gonze était afféré à la préparation de la semoule, mon esprit se mit à gamberger sur la question. Jusqu’à cet instant précis, je n’avais pas envisagé l’impact que ce Van Gogh des bacs à sables allait avoir sur mon quotidien. Ma vie tranquille et reposante de célibataire heureuse et fière de l’être allait être sacrément perturbée. J’allais me cogner contre ce gonze chaque fois que je serai chez moi. Je devrais faire des efforts pour ne pas me mettre au plumard dès 18h30 en semaine, à végéter devant la télé. Sans compter la vaisselle qui devrait être en partie rangée et nettoyée tous les jours, comme lorsque j’invitais des amis. Les corvées allaient recommencer, misère de misère ! Quoi que… cette fois-ci la situation était un peu différente. Ce gonze n’était pas mon petit-ami alors il pouvait s’en charger… Là, ma conscience refit des siennes en prenant un timbre de voix fort proche de celui de ma mère : «  Ce n’est pas une raison pour le recevoir comme un chien ! » OK.OK. Tant pis pour la tranquillité ; le luxe de la solitude, de l’oisiveté et de la fainéantise m’était interdit. Quelle aubaine ! J’avais la sensation de me retrouver dans la situation de la pauvre fille qui a dit « oui » et qui au lendemain de la nuit de noce se rend compte qu’il lui ait impossible de revenir sur le contrat de mariage. J’avais signé virtuellement le contrat et j’étais liée à ce paumé jusqu’à ce que… jusqu’à ce que quoi ? Jusqu’à ce que ma foutu conscience prenne la bonne résolution de le foutre dehors ou jusqu’à ce que je pète un câble et que je commette un homicide justifiable.

 

Le gonze était toujours dans sa préparation culinaire enfin… disons qu’il attendait que les muses de Jean-Luc Petitrenaud et de Cyril Lignac associées viennent lui enseigner comment faire de la semoule car, à vu de nez, ce type n’en avait jamais fait de sa vie. A défaut de muse, c’est moi qui ai été contrainte de prendre les choses en main. Le pauvre diable avait versé l’eau chaude dans un verre d’eau, comme s’il s’était agi d’une boisson très particulière à prendre avec lorsqu’on mange du blé dur. « Je vais vous montrer comment faire, dis-je, en me dirigeant vers le coin cuisine.

-         Désolé. Je ne sais pas cuisiner. »

C’est vrai que préparer de la semoule c’était une grande expérience culinaire, même un anglais aurait réussi à le faire ! Mais bon, il fallait que je me mette dans le crâne que j’avais face à moi un gamin de six ans et demi.

« L’eau chaude c’est pour mettre sur la semoule pour qu’elle gonfle.

-         Ah bon ?

-         Oui. »

J’attrapais une fourchette. La chance était avec moi, il en restait une qui ne faisait pas partie de mon stock de vaisselle dont j’espérais que des lutins finiraient par les laver à ma place. En fait, peut-être que j’aurais dû la jouer Blanche-Neige, les petits oiseaux et les écureuils auraient fait le boulot… Enfin, en centre ville, à part des pigeons et des rats, je ne sais pas quel genre de bestioles serait venu m’aider. Avec ma fourchette je remuai la semoule tout en versant l’eau chaude. Dans ma grande mansuétude j’ajoutais même quelques gouttes d’huile d’olive à la préparation histoire de donner un peu de goût à la mixture.

« Voilà, dis-je, tendant l’assiette. »

 

Ce qui se passa ensuite, j’aurais dû m’y attendre mais il se trouve que j’ai le cerveau lent (sans mauvais jeu de mots). Ce qui devait arriver arriva. En guise de remerciement, le blondinet foncé me déposa un petit bisou sur la joue. Je dus retenir mon envie de lui envoyer l’assiette à travers la figure et garder un certain calme. « C’est un gosse de six ans et demi, n’oublie pas, me répétai-je ». Ouais, j’avais quand même du mal à m’en persuader quand je voyais le grand dadais de plus d’un mètre quatre-vingt que j’avais sous les yeux. Essayant de garder un certain calme, j’articulais quelque peu menaçante : « Ne refaites plus jamais ça. »

Le gonze me fit un signe pour signifier qu’il avait compris. Je lui donnai son assiette et il se mit à manger.

 

Je regardais ma montre : il était tout juste sept heures. Misère de misère, la soirée était encore loin d’être finie !

11:24 Écrit par Coralie dans Ecriture | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/02/2007

Le Picasso des caniveaux (Chapitre 2)

Après mon invitation à demeurer dans ma maison de schtroumpfs s’il le souhaitait, le gonze est resté un certain temps planté là, se demandant si j’avais bien dit ce que j’avais dit ou si c’était une hallucination phonique. Remarquez, c’était assez compréhensible, il est vrai qu’une personne normalement constituée n’aurait jamais proposé au premier paumé venu de rester squatter chez elle. Le fait est que je suis le contraire absolu d’une paranoïaque. Il y a tout un tas de considérations qui ne m’ont même pas effleurés l’esprit alors que n’importe qui d’autre aurait commencé par imaginer le pire. Par exemple, je n’ai jamais songé que ce type puisse être un voleur, un violeur, un tueur en série, un criminel d’état réfugié précisément dans mon appartement… Pour moi, il n’y avait pas la moindre raison pour que ce soit le cas. Qu’est-ce qu’un criminel chronique irait faire dans une studette de dix mètres carré qui semblait à l’abandon ? Ca n’avait pas de sens. Et puis, franchement, ce gars ne ressemblait pas à un tueur en série ; il avait tout de l’ado défoncé qui ne retrouve plus où est son rail de coke (la jeunesse en moins). Peut-être que j’aurais réagi différemment si j’avais trouvé sur mon clic-clac un gars de style Al Quaida avec le turban sur la caboche et le couteau entre les ratiches mais ça, je ne le saurais jamais (et, entre nous, je ne souhaite pas trop me retrouver avec un autre paumé à charge c’est déjà trop d’avoir un squatteur dans la baraque).

 

Bref, une fois que le gonze eut compris qu’il avait mon accord pour occuper la bicoque, que ce n’était pas une blague, il m’a chaudement remercié. Un peu trop chaudement d’ailleurs… En fait, il s’est littéralement jeté  dans mes bras et c’est limite s’il n’a pas voulu me rouler une pelle, de joie. Personnellement, je ne suis pas du genre à m’étendre en familiarité : je ne saute pas au cou de mes amis, je ne m’en sers pas non plus comme d’une chaise quand il n’y a pas de place où s’asseoir. Je leur fais la bise, cela va de soi, mais mis à part cela, c’est très loin des chaudes embrassades à la Russe. J’ai donc fait comprendre à mon blondinet foncé qu’il ne fallait pas trop s’emballer en le repoussant assez vivement et en arborant le regard sympathique d’un huissier de justice. Je suis bonne poire mais il ne faut quand même pas abuser ! Il ne fallait pas qu’il crût qu’il avait gagné le droit de se servir de la maison et de la maîtresse de maison. Je ne m’étais pas débarrassée de mon ‘‘(beau) brun ténébreux’’ pour finir avec un autre gusse dans mon lit. J’ai donc décidé d’instituer d’emblée la règle numéro un, en vue d’une bonne cohabitation entre mon squatteur et moi-même : no kiss, no sex et dieu pour tous !

 

Le blondinet foncé fut assez déboussolé par mon comportement. Il resta un nouvel instant interdit au milieu de la carrée avant d’articuler un : « C’était juste pour te remercier » emprunt de tout le repentir possible. Le tutoiement de la formule persifla à mes oreilles. Il était temps d’instituer la règle numéro 2 : « Vous remercier, corrigeai-je. » Peut-être trouverez-vous que j’ai un côté vieille France, snobinard ou bobo sur le retour mais le fait est que je suis assez intransigeante quant à une utilisation adéquate de la deuxième personne du singulier. Je ne suis pourtant pas une fervente défenseuse de la langue de Molière : j’emploie même assez souvent celle utilisée par Frédéric Dard (l’argot a toujours eu à mes yeux une saveur acidulée que les mots du français le plus académique sont incapables de retranscrire), de même, je ne lésine pas sur les américanismes les plus odieux qui hérisseraient le poil de tout Immortel qui se respecte. Malgré cela, un certain fond patriotique m’oblige à ne pas brader le « vous » au profit du « you » universel. Je n’allais pas laisser ce gonze que je ne connaissais que depuis deux minutes me parler comme si on avait garder les ancêtres de la maison de retraite ensemble. Par ailleurs, au vu de la réaction de ce type lorsque j’avais pris la décision de l’héberger, il valait mieux que je garde mes distances communicationnellement parlant. Le tutoyer ça aurait peut-être été pour lui un signe de franche camaraderie voire… plus si affinité.

 

Le problème du vouvoiement réglé, je repris la parole, cherchant à en savoir un peu plus sur celui qui dorénavant allait vivre sous mon toit : « Comment vous vous appelez ?

-         Frédéric… Je suis artiste.

-         Ah… »

Un artiste, génial ! Avec le bol que j’avais, il allait me refaire tout mon intérieur genre œuvre d’art moderne avec des bouts de jambon cru collé à la tapisserie ! C’est le proprio qui serait content d’avoir une telle redécoration de son appartement ! « Et qu’est-ce que vous faites… comme art ?

-         Je dessine. »

Bon, si ce n’était que des croquis, je ne risquais que de trouver quelques jeunes filles dénudées sur le clic-clac, c’était un moindre mal… Enfin, en admettant que le blondinet foncé ne se mette pas en tête de me prendre pour modèle ou pour muse.

« Vous voulez voir ? me demanda-t-il »

 J’eus une demi seconde de doute avant de répondre par l’affirmative. D’un côté, j’étais curieuse de savoir quel barbouilleur avait débarqué dans la bicoque, de l’autre, je sentais que ses dessins ne me plairaient pas. Le blondinet foncé, sourire aux lèvres, sortit de sa besace une espèce de classeur dépenaillé dont la couverture avait dû comporté à une époque des œuvres de ce vieux Ben du genre « écrire, c’est mourir un peu » en blanc sur fond noir. En bref, le classeur du parfait ado de treize ans et demi qui se croit intello. Je crois que j’aurais encore préféré y voir un skateur entrain de se vautrer sur une rampe d’escalier, ça aurait maintenu l’espoir de trouver à l’intérieur des dessins certes minables mais regardables. J’attrapai le classeur, m’attendant au pire.

 

J’aime bien le dessin et je suis admirative des gens qui savent dessiner, moi qui suis dans l’incapacité de faire un piaf qui ressemble effectivement à un oiseau. J’aime beaucoup la bande dessinée et les illustrations héroïc-fantasy du genre Thomas Canty, Luis Royo (quoi que chez ce dernier, les femmes soit un peu trop dénudées à mon goût) et les petites fées d’Amy Brown mais je suis totalement hermétique à tout ce qui s’apparente à de l’art abstrait. La dernière fois que j’avais mis les pieds dans une exposition d’œuvres d’art, j’avais eu le loisir de voir l’étendue de la créativité artistique actuelle : des dégradés de gris-marron et des formes improbables qui te font regretter de ne pas avoir garder tes dessins de maternelle pour pouvoir les exposer dans la galerie. Je pressentais que le blondinet foncé avec ses cheveux longs, son air naïf et son petit sourire de premier de la classe ne pouvait dessiner que ce genre de choses. Il avait l’air trop décalé, trop hippie pour faire de banals paysages. J’ouvris le classeur. Je ne m’étais pas trompée. Sur les pages couraient des espèces de formes difformes, délavées, inesthétiques qui semblaient dégouliner sur le papier. De loin, ça ressemblait un peu à ces images mosaïques sur lesquels on louche désespérément dans l’espoir de voir quelque chose jaillir de la feuille. Bref, un truc qui ne ressemblait à rien et qui ne me donnait qu’une seule envie : balancer les dessins au feu. Je tournais quand même une ou deux pages, dans l’espoir de trouver un croquis digne de ce nom.

« Qu’est-ce que vous en pensez ?

-         Je sais pas. C’est censé représenter quelque chose ?

-         Bien sûr, celui-ci, c’est la cathédrale. »

Je regardai avec un peu plus d’attention l’espèce de gribouillage entouré d’un dégueulis de couleur que j’avais sous les yeux… Ca ressemblait à peu près autant à la cathédrale qu’à un couteau suisse. Ou peut-être que c’était la cathédrale fidèlement reproduite mais un jour de fort brouillard, à 5h du mat par un ahuri drogué à mort. Vu la tête de l’artiste, c’était une hypothèse à envisager.

 

Alors que je n’avais rien demandé, mon squatteur s’assit à côté de moi sur le clic-clac (à une distance à peu près raisonnable : règle numéro 1 respectée) et commença à me raconter sa vie. Le blondinet foncé s’appelait donc Fred. Il était paumé professionnel depuis qu’il avait décidé de vivre de son art et cherchait un squat sur le secteur le temps pour lui de trouver une galerie qui expose ses œuvres, autrement dit, il était parti pour être chez moi ad vitam eternam… Son récit avait quelque chose de Dickens : il errait tel l’orphelin perdu dans le Londres du XIXème  siècle misérable, cherchant le bienfaiteur fortuné qui le sortirait de la fange des caniveaux. Malheureusement pour lui, je ne connaissais pas de bienfaiteurs fortunés et encore moins de bienfaiteurs fortunés qui pourraient trouver du génie dans ses gribouillages. D’ailleurs, moi-même je n’étais ni bienfaitrice, ni fortunée. Mais… Qu’est-ce que j’étais d’ailleurs dans cette histoire ? A bien y réfléchir, je crois que j’endossais à merveille le rôle de la cheftaine de service qui recueille les boy-scouts égarés sous sa tente.

 

Ce fut ensuite à mon tour de subir l’interrogatoire de rigueur : qui tu es, qu’est-ce tu glandes, pourquoi t’es là (la dernière question étant assez cocasse de la part de quelqu’un qui s’invite chez vous). J’ai bien voulu dire le strict minimum : c’est-à-dire que j’étais actuellement remplaçante aide-soignante aux « coquelicots » pour une durée de huit mois et que je cherchais désespérément ce que j’allais faire de mon avenir. Après nos présentations respectives, et n’ayant pas vraiment envie de débattre des œuvres du blondinet foncé, il y eut un moment de vide absolu, un silence long et lourd avant que le blondinet foncé ne me dise en dirigeant ses yeux vers le dessin de la cathédrale : « Vous n’aimez pas, n’est-ce pas ? »

Je ne m’attendais pas à la question. J’aurais pu, j’aurais d’ailleurs peut-être dû la jouer franco, lui dire qu’il ferait mieux de se recycler en peintre en bâtiment qu’en artiste peintre mais mon Gimini Cricket personnel s’opposa à cette idée. Alors, j’eus recours à un subterfuge en vu de ménager la susceptibilité de mon squatteur : « Non, non. C’est… très original !

-         Vous trouvez ?

-         Oui, oui… Vous avez du talent, Frédéric. »

Mais, qu’est-ce que j’avais dit, là ? L’encourager, c’était vraiment la pire chose à faire ! « Merci beaucoup. Peu de gens comprennent mon art. Je pourrai faire un portrait de vous si ça vous fait plaisir.

-         Euh… Je préférerai qu’on en reste à des relations de cohabitation stricte. »

Je venais de formuler la règle numéro 3 : tu ne gribouilleras point le portrait de ta co-habitante. Le blondinet foncé eut l’air un brin déçu. Ma conscience voulut dire quelque chose mais je ne la laissai pas parler. Je n’aimais déjà pas qu’on me tire le portrait avec un appareil photo, je n’allais pas accepter qu’on le fasse avec un crayon !

22:12 Écrit par Coralie dans Ecriture | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/02/2007

Nico & Sego

 

 

Un clip vidéo qui marque le grand retour des musclés, à voir et à revoir !

 

Perso, je suis fan !

17:46 Écrit par Coralie dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |