22/03/2007

La célibattitude (chapitre 4)

Le blondinet foncé, était donc assis à la table, sagement. Il avait précautionneusement dégagé un espace sur la table (encombré par un peu de vaisselle, un peu de prospectus publicitaires et un peu d’autres choses) pour pouvoir manger dessus. Le gosse de trente balais étant occupé, j’en profitais pour me détendre un peu. Je partis du coin cuisine pour me diriger vers le clic-clac et l’écran télé. Comme je l’ai déjà dit, il était tout juste sept heures. A cette heure-ci, les programmes sont loin d’être très folichons : un jeu sur la une, une émission idiote sur la deux, les infos régionales sur la trois, une série idiote sur la six et sur la cinq, je n’en sais rien puisque pour moi, comme pour quatre-vingt dix pour cent des français, cette chaîne a autant d’intérêt que mon écran de veille d’ordinateur. J’ai donc laissé les infos. Il y avait un petit reportage sympathique sur les licenciements en cours dans une usine à quelques kilomètres de là. On y voyait un syndicaliste CGT à moustache prônant un discours communiste tendance Trotsky. Les syndicalo-communistes qui passent à la télévision ont toujours une moustache. Je crois qu’il doit y avoir dans le port de la moustache un relent de l’image de Marx. Ca avait même quelque chose du rituel : peut-être qu’au même titre que le baptême pour la religion catholique, le port de la moustache est la condition sine qua non pour entrer dans le grand bain du syndicalisme. Je zyeutais en direction de mon squatteur. Mon blondinet foncé, lui, n’avait pas de moustache. La distinction entre « peace & love » et la « révolution permanente » était donc une question de pilosité : cheveux longs ou moustache proéminente, à vous de faire votre choix.

 

Mon squatteur tout en mangeant la semoule me regardait regarder les infos. Puis, comme j’avais tourné la tête en sa direction, il me demanda : « Ca vous intéresse les informations régionales ?

-         Ca a son intérêt. »

En fait, je préfère largement les infos régionales en période de guéguerre citoyenne : quand les profs, les cheminots ou les routiers se mettent à foutre le boxon sur toute la France parce que le gouvernement avait encore eu la brillante idée de faire voter une loi débile. Je resongeais à ce que disait souvent un de mes prof, du temps où j’allais à la fac, il aimait prétendre qu’aux prochaines élections, il voterait pour le candidat qui proposerait la fermeture de l’ENA afin qu’on puisse avoir des gens plus conscient des réalités dans les gouvernements. C’était une idée intéressante sauf que, malheureusement, des cons qui font de la politique, il n’y en a pas qu’au sortir de l’ENA…

 

Le syndicaliste moustachu fit place au présentateur des infos régionales, un brun à lunettes à la bouille ronde qui devait aller sur ses trente-cinq ans. Il annonça un reportage sur les décorations de Noël dans les devantures de magasins. Ca c’était du sujet d’investigation ! Tous les ans, ils nous le ressortaient. Toutefois à défaut d’avoir un intérêt, le reportage me fit prendre conscience qu’effectivement, papa Noël allait bientôt passer dans les chaumières et que je n’avais pas encore acheté un seul cadeau. Je dois dire que pour Noël, comme pour les anniversaires, j’ai tendance à attendre la dernière minute car j’ai toujours l’espoir qu’un « Eureka » salvateur vienne m’extirper de la migraine que me donne la sempiternelle corvée de cadeaux. La plupart du temps, le « Eureka » ne vient pas ; à la place mon Gimini Cricket personnel me secoue pour que j’aille acheter la première connerie venue dans un magasin avant la date fatidique…

 

La télé déballa les images de devantures regorgeant de jouets et de guirlandes multicolores. Je fixai l’écran, la tête vide. La télévision est une invention épatante, elle permet de te donner l’illusion que tu fais quelque chose alors que tu ne fais absolument rien. Et puis, la télévision est par un certain côté le partenaire idéal : on peut profiter de sa compagnie quand on le souhaite, l’éteindre également quand on le souhaite et elle prend peu de place ; des avantages que n’avaient d’ailleurs pas mon ex petit-ami. Suite à cette réflexion quelque peu misandre, la petite voix qui résonne au fond de ma caboche s’est remise à me faire la morale : « Comment tu peux dire des choses pareilles à propos de ton ex ? ». C’était une question qui se posait, en effet. D’aussi loin que je me souvienne, je ne crois pas avoir été amoureuse, et encore moins de mon ex ! Je ne crois d’ailleurs pas avoir jamais senti le besoin d’être amoureuse. J’ai toujours apprécié le fait d’être libre, j’ai toujours souhaité faire ce que j’avais envie de faire et cela, sans compromis ; ors, trouver un petit-ami c’est devoir se confronter aux compromis. Comme dirait l’autre, vivre en couple c’est résoudre à deux des problèmes que tu n’aurais jamais eus tout seul. D’où la question : comment et pourquoi avais-je fini par m’embarquer dans une relation amoureuse avec mon ex ? Je crois qu’il est essentiel de remettre les choses dans leur contexte avant que de vous narrer ma rencontre avec mon (beau) brun ténébreux (tout ce qui suit est à envisager comme un intermède publicitaire dans la narration trépidante de ma première soirée avec Fred le squatteur - qui est toujours devant son assiette de semoule, je vous le rappelle - vous pouvez zappé si ça vous chante).

 

A l’époque où j’ai rencontré mon ex, j’étais dans mon antépénultième année d’étude à la fac. Je traînayais avec une paire de jumeaux de ma classe, Julien et Matthieu (dits Dju et Mat), des petits rouquins aux cheveux courts du genre Fred et George Weasley qui avaient eu la chance de naître avec des actions Vivendi dans la poche. C’étaient des types sympas qui faisaient profité des tunes que gagnait leur père, pdg d’une petite entreprise et membre actif du Rotary club, à tous ceux qu’ils appréciaient. De fait, ils organisaient des soirées très « peoples » chez eux ; des fastueuses réceptions où la bouteille de whisky qui servait à changer le goût du coca avait vingt-cinq ans d’âge et coûtait près de dix fois le prix de celle que j’achète à Ed, où la bonne attitude politique à adopter était de faire des odes à Sarko et où il était de bon ton de faire partie du Rotaract. Bref, une ambiance de droite mais cela n’empêchait nullement de s’adonner aux activités que font tous les étudiants : se saouler la gueule, critiquer les profs à qui mieux mieux, s’amuser et discuter.

C’est au cours d’une de ces sauteries que j’ai rencontré mon (beau) brun ténébreux. Ce type était en fait le pote du meilleur ami de la copine de Mat, autant dire que c’était vraiment le genre de personne que je n’aurais jamais dû rencontrer de ma vie. Je n’aurais d’ailleurs jamais dû lui parler non plus si les circonstances avaient été autres. En effet, Benji, car tel était le surnom dont tout le monde l’affublait, était un de ces gars qui, où qu’il aille et quelque soit les circonstances, est toujours entouré de groupies hystériques qui rient à tout ce qu’il peut dire. Benji était assez beaugosse (enfin, au moins du point de vue d’une certaine partie de la gent féminine qui lui tournait autour) mais il ne devait sa notoriété qu’à sa gueule et à ses pitreries (autant dire que ce n’était pas du tout mon genre). Il était a priori prédestiné à trouver la femme idéale parmi le lot d’idiotes qui l’entouraient en permanence. D’ailleurs, ce soir-là, il sortait effectivement avec une de ses nombreuses admiratrices.

 

En fin de soirée, alors que tous les invités étaient plus ou moins allumés, Dju  avait décidé de nous faire tous participer au jeu idiot de la bouteille de bière. Le principe est simple, tu prends une bouteille de bière vide, tu la fais tourner, et les deux personnes qui se retrouvent désignées par la bouteille se roulent une pelle. En clair, chaque fois que tu es désigné, t’as perdu ! Bien entendu, le sort avait voulu que les deux désignés fussent super Benji et moi-même. Le gars était déjà dans un état d’ébriété bien avancé avant qu’on commence le jeu (il avait oublié de mettre du schepps’ dans son gin tonic) et c’est pour cette raison qu’au lieu de me rouler une pelle, comme le jeu le prévoyait, il avait réussi l’exploit de me vomir dessus. Sous les rires de l’assistance, je lui avais retourné la mandale du siècle avant de me précipiter dans la salle de bain pour nettoyer les dégâts. Dju m’avait accompagné (avec le recul, je soupçonne le jumeau d’avoir eu un faible pour moi) et puis, vu qu’il était l’initiateur de ce jeu idiot, il s’était excusé : « Je suis désolé, Clo. – Oui à l’époque tout le monde était affublé d’un surnom ridicule même moi je n’y coupait pas - Tu sais, Benji, c’est pas un mauvais gars mais il a tendance à abuser un peu trop de la bibine en soirée. » Non sans blagues ! Une fois dans un état un peu plus présentable, j’étais ressortie de la salle de bain et avais directement pris mes affaires direction appartement. Benji avait essayé de me rattraper pour me signifier à quel point il était confus et désolé. Je lui avais gentiment recommandé de vomir sur quelqu’un d’autre la prochaine fois qu’il se saoulerait la gueule.

 

Les choses auraient pu s’arrêter là si, le lendemain de la soirée, un gusse n’avait sonné à ma porte, une rose à la main. A l’époque, j’avais une chambre en cité U. J’étais à peine réveillée, j’avais entrouvert la porte de mon appart en pyjama, non peignée et non lavée. J’étais tellement dans le coltard que je n’avais d’abord pas reconnus le type qui se tenait devant ma porte : « Salut, je m’excuse pour hier soir. »

J’avais papillonné des yeux pour regarder le gonze plus en détails. Mon ex était, comme je ne cesse de vous le dire, un grand brun ténébreux : les cheveux courts et drus coiffés en brosse, le visage allongé, les yeux sombres ; ce jour-là, il portait en sus un hématome de couleur jaunâtre sur la mâchoire (je n’y étais pas allée de main morte). Il m’avait tendu la rose : « Tiens.

-         Euh merci… »

Puis, je l’avais invité à entrer et on avait discuté. Seul, sans ses groupies, Benji était un gars tout à fait fréquentable et intéressant. Il était étudiant à l’école de commerce sur le campus, du coup, on s’est revu d’abord de temps en temps puis plus fréquemment, amitié classique.

 

Là encore, ça aurait pu s’arrêter là ; après tout, j’étais très liée à Dju et Mat et il ne s’est rien passé entre nous (un plan à trois, quelle horreur !). Cependant, un jeudi soir, mon (beau) brun ténébreux était arrivé chez moi. Il devait être aux alentours de neuf heures. Benji avait joué le grand jeu : « Il faut que je te parle. » La chose à ne jamais faire avec un mec c’est accepter d’écouter quand il commence par dire : « Il faut que je te parle. » passé une certaine heure du jour. Bien entendu, moi, bonne poire, je l’avais laissé entré et je l’avais écouté. J’aimerais pouvoir vous dire que d’un coup, le soleil couchant s’était mis à briller de mille feux, qu’il m’avait fait une déclaration enflammée qui avait de quoi faire tourner la tête à n’importe quelle fille, qu’il m’avait pris tendrement dans ses bras et que d’un coup le temps s’était arrêté mais ce serait vraiment vous prendre pour des billes. En gros, ce qui s’est passé c’est qu’il m’avait plaqué contre un mur, qu’il m’avait susurré un « Je te veux. » et la libido avait fait le reste : pathétique, n’est-il pas ? J’aimais bien ce gars alors j’ai laissé les choses se faire. C’est comme ça que je m’étais retrouvée avec ce type dans mon lit : dans mon lit une place, de surcroît. On avait emménagé ensemble six mois plus tard et six mois plus tard encore, asphyxiée,  je le virai définitivement retrouvant ma vie solitaire de célibataire heureuse et fière de l’être… jusqu’à ce qu’un squatteur ne vienne envahir ma maison.

 

« Excusez-moi. »

J’eus un sursaut. Le gonze se trouvait à deux centimètres de mon visage et je ne l’avais pas vu venir, trop occupée à comater dans un flot de souvenirs tandis que la télévision ronronnait. Il se confondit en de nouvelles excuses en voyant ma réaction : « Désolé, je voulais pas vous faire peur.

-         Pas grave... Vous avez fini ?

-         Oui mais je ne sais pas où... »

Je ne lui laissais pas le temps de finir sa phrase, je me levai du clic-clac, attrapai l’assiette et la mis dans l’évier, sur le dessus de la pile de vaisselle à faire. Je me tournais ensuite vers mon squatteur, pensant qu’il était temps pour moi de faire mes plates excuses sur l’état de mon appartement: « Je suis désolée de tout ce capharnaüm. Je n’aime ni faire la vaisselle, ni faire le ménage, ni faire du rangement, du coup, j’ai tendance à laisser tout… en l’état.

-         Je comprends. »

Le gonze me fixait avec des yeux brillant de sincérité. Quelque part, ce regard renforçait encore un peu plus l’image enfantine qu’il drainait. Il était attendrissant. Du moins, c’est le terme qu’emploierait la catégorie bien connue des greluches qui cherchent un ours en peluche pour petit-ami. J’avais d’ailleurs quelques collègues de travail qui correspondaient à ce profil; j’étais certaine qu’elles se seraient battues pour héberger mon blondinet foncé sous leur toit. Pour elles, Fred le squatteur était l’archétype du prince charmant : un mec gentil, mignon, souriant à l’air naïf. Un portrait qui pour moi n’éveillait jamais que la vision d’un gamin de six ans.

12:51 Écrit par Coralie dans Ecriture | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/03/2007

Mulholland Drive

MulhollandDriveCe film fait partie de la catégorie (assez peu nombreuse) des objets filmiques non identifiés qu’on se doit de voir une fois dans sa vie. On aime ou on n’aime pas mais en tout cas on en garde forcément quelque chose.

 

Ce film de David Lynch, ma prof d’analyse filmique ne jurait que par lui et les rares étudiants suivant ce cours qui avaient eu l’occasion de voir le dit film était unanimes : Mullholland Drive est incompréhensible. Je dois dire que j’avais du mal à envisager ce que peut être un film incompréhensible aussi m’étais-je promis de relever le défi et de voir si moi je pouvais trouver la clé là où tous les autres avaient cherché en vain (oui, je suis une fille bizarre)…

 

« Incompréhensible » est un abus de langage. A défaut de ne rien comprendre, disons plutôt qu’on a le sentiment de n’avoir qu’une vision brouillée, partielle. Quelque chose nous échappe et c’est normal car ce film est par essence labyrinthique. Il n’est pas incohérent, simplement, sa cohérence, Lynch nous laisse le soin de la trouver par nous-même. Et à ce niveau-là, la dernière demi-heure est assez extraordinaire… Je pense qu’on pourrait discuter des heures de la façon dont chacun a compris ce film ou a cru comprendre. Peu de films ont eu sur moi cette capacité à me faire débattre, après coup, de son contenu, de son message et c’est en cela que je trouve que Mulholland Drive est à voir.

 

Je ne vais pas vous résumer le film ni vous dire ce que mon esprit a essayé de dégager de ce flot d’images, ce serait inutile si vous ne l’avez pas vu. Je ne peux que vous recommander de vous risquer à le regarder si jamais vous avez l’occasion de trouver le DVD, le DVX ou si par un hasard extraordinaire une chaîne télévisée le rediffusait.

12:02 Écrit par Coralie dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/03/2007

L'Humour au 68ème degré...

DidierSuperCertains doivent déplorer que ce blog prenne en ce moment une tournure très politique aussi, ai-je décidé (entre l'écriture du chapitre suivant de mon squatteur et autres activités plus estudiantines) de vous faire découvrir quelques trucs pas prises de têtes qui, je l'espère, vous amuserons un tantinet.

 

On va commencer avec un billet sur quelqu’un que j'ai découvert pas plus tard qu'hier j'ai nommé : Didier Super. Didier Super est à la chanson française ce que la fourchette à spaghetti est à l’art culinaire : un objet rare, insolite, inutile et donc risible. Rien qu’à voir le titre de son seul CD « mieux vaut en rire que s’en foutre », on a compris le genre, et je vous rassure, les chansons sont pires. Didier Super chante a peu près aussi bien que les perdants de la nouvelle star, il braille sur des musiques aux accords très pauvres et les paroles sont à prendre au 68ème degré et bourré d’ironie, bref, y a de quoi se fendre la gueule et plutôt deux fois qu’une. Si vous aimez vous marrer je vous conseille d’aller sur son site écouter quelques une de ses chansons (mention spéciale à ‘‘on va tous crever’’ et  ‘‘y en a des bien’’ qui a aussi son english version !). J’en reviens pas moi-même que ce gars ait réussi à trouver une maison de disque avec un truc pareil, mais ça vaut le détour : http://www.didiersuper.com/didiersuper.htm

18:25 Écrit par Coralie dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |