16/07/2007

Le bloggueur solitaire

Une question m’est venue du fait de l’incapacité de mon blog à devenir une plaque tournante de la communauté internatique : à quoi cela sert d’écrire lorsque l’on est pas lu ? C’est en effet un vaste paradoxe que de n’écrire que pour soi-même, ça donne une vision de soi extrêmement nombriliste et égocentrique. Certes, l’acte d’écriture en lui-même est forcément égoïste. Les vrais philosophes sont des « Socrate », ceux qui vivent et essayent de rester dans la sagesse, les « Platon » ne sont que des pêcheurs d’orgueil. Comment peut-on être assez imbu de soi-même pour avoir la prétention de croire que ce qui peut sortir d’un cerveau à une valeur telle qu’elle mérite d’être gardée sur papier (alors que la communication normale est, par essence, une parole éphémère de l’instant) ? Avoir une telle démarche, c’est forcément mettre sa pensée et son opinion propre sur un piédestal.

 

D’où ce constat : je suis un être atrocement nombriliste et égocentrique.

 

Le savoir et rester dans ce schéma est une insulte à la modestie et à l’humilité qui sont pourtant des valeurs que j’ai toujours admiré et cherché à atteindre. C’est d’autant plus atroce que je suis la première à critiquer les êtres nombrilistes qui ont tendance à s’écouter parler sans forcément prendre le temps d’écouter les autres. De fait, je m’auto-fustige de défauts que je sais avoir. Il m’a toujours été facile de recenser de mes défauts et d’en enfler le trait mais, une telle attitude a des effets pervers : il anime un sentiment d’empathie à mon égard et, plus ou moins consciemment, c’est bien ce sentiment là qui est recherché. On m’a mis un jour devant le fait accompli : s’auto-dévaroliser oblige l’entourage à vous revaloriser, il oblige l’entourage à mettre en avant les qualités que j’oublie de mentionner, il oblige l’entourage à vous donner une belle vision de vous-même, et du coup, je me complaît dans cette flatterie.

 

Je parle au présent, peut-être ceci n’est-il pas tout à fait adéquat. En effet, à l’heure actuelle, j’ai troqué mon auto-dévalorisation morale contre une auto-dévalorisation physique. Il est vrai que j’ai réussi à trouver une relative paix intérieure entre mon égocentricité et mon idéal d’altruisme : à accepter et assumer ma propre imperfection morale. Ainsi je continue à écrire, tout en ayant conscience que cet acte lui-même est profondément égoïste car je ne suis plus dans cette période d’angoisse adolescente où ma plume ne savait noircir que des thèmes lugubres de solitude, de désespoir et de suicide. Les temps ont changés depuis cette époque (j’ai l’impression de parler d’un temps qui date d’il y a 1000 ans pour paraphraser la formule baudelairienne), le besoin d’écrire n’est plus à présent dépendant de mon expression de mal être. Il n’est plus cette sorte de pansement aux plaies de mes tracasseries post-pubères, le palliatif qui me permettait de me suicider sur papier plutôt que de tenter de le faire en réalité. A présent, écrire, c’est chercher à être écoutée, être prise en considération autrement. C’est aussi la recherche de créativité. J’écris à défaut de savoir dessiner, de savoir peindre, de savoir composer… J’écris parce que c’est la seule chose que je puisse faire : raconter des histoires et m’écouter parler. J’écris dans un blog vide tout comme j’écris sur une page blanche : pour l’absolu et le néant, pour moi-même mais moi-même, je ne suis personne.

12:20 Écrit par Coralie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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